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Lundi 14 Mars 2011 - 13:52

Parole de voyageur : "L’Egypte, il faut y aller maintenant, tant qu’il n’y a personne"

Le récit de Pascal Lépine, parti en Egypte 3 jours après la réouverture


Pascal Lépine, professeur d’économie est parti en Egypte du 24 février au 6 mars 2011 avec un groupe de 9 personnes, seulement 3 jours après la levée des restrictions de voyage par le Quai d’Orsay. Alors que la destination peine à retrouver la faveur des touristes, il nous raconte son voyage "dans des circonstances exceptionnelles". Totalement séduit, il est prêt à repartir ! Témoignage.



Ils sont 9 touristes à être partis en Egypte, dès le 24 février 2011 - DR : Chango Voyages
Ils sont 9 touristes à être partis en Egypte, dès le 24 février 2011 - DR : Chango Voyages
TourMagazine.fr – Pascal Lépine, vous êtes l’un des premiers touristes à être parti en Egypte après les événements anti-Moubarak, 3 jours à peine après la levée des restrictions de voyage par le ministère des Affaires Étrangères (le 21 janvier 2011). La décision a-t-elle été difficile à prendre ?

Pascal Lépine
: L'Égypte est un pays qui me fascine depuis longtemps. J’ai voyagé dans plusieurs pays, notamment en Europe et en Turquie, mais jamais en Égypte.

D’habitude, j’organise mes voyages moi-même, mais là, j’ai décidé de partir avec l’agence Chango Voyages à Nice, avec un groupe de 11 personnes. Le départ était fixé au 24 janvier 2011, (soit 3 jours après la réouverture de la destination, ndlr).

Certains participants ne souhaitaient plus partir, alors nous nous sommes réunis pour savoir qui voulait partir. Au final, nous n'étions plus que 9.


TM.fr : Pourquoi avoir choisi de partir quand même ?

P.L.
: Je ne suis pas un grand aventurier, mais je crois en l’optimisme des hommes. Je serai parti le 22 si j’avais pu.

TM.fr : Comment s’est déroulée votre arrivée ?

P.L.
: Nous avons pris un vol Nice-Zurich, puis Zurich-Le Caire, en sachant que l’aéroport du Caire est à 1h30 de la place Tahrir.

Nous avons été réceptionnés sur place par une agence touristique, Cheops Travel, qui nous a très bien accueillis.

Pour preuve, j’ai eu un souci avec mon passeport, la photo était un peu décollée et, lors du passage à la douane, on m’a demandé de repasser dans la zone internationale pour mener une enquête. Et bien, le responsable de l’agence Kheops s’est occupé de moi et a réglé le problème. Un travail très professionnel.


TM.fr : L’arrivée a donc été mouvementée, mais quelle a été votre première impression ?

P.L. :
Les premiers mots que j’ai entendus, de la part de tous les Egyptiens, m’ont marqué : "Welcome to Egypt". Partout, les gens nous ont accueillis à bras ouverts, heureux de voir les touristes revenir.

Le deuxième souvenir marquant s'est déroulé le soir même de notre arrivée, devant les pyramides de Gizeh, où nous étions les seuls touristes –hormis quelques Egyptiens- à assister au spectacle son et lumière, assis au premier rang.

Rien que d’en parler, j’en ai encore la chair de poule. Et les "youyou" des Égyptiennes que nous avons croisées ce soir-là résonnent dans ma tête.


TM.fr : Vous avez passé une dizaine de jours en Égypte. Avez-vous croisé d'autres touristes au cours de votre séjour ?

P.L. :
Partout où nous allions, nous étions en état de béatitude, de pacha. Les Égyptiens se sont pliés en quatre pour nous et j’ai qualifié cela de "plus que parfait égyptien".

Dans la plupart des sites que nous avons visités, nous étions quasiment seuls, notamment dans la Vallée des Rois. Au Temple d’Edfou, nous étions totalement seuls. Idem pour la croisière sur le Nil, où embarqués à bord d'une dabaya, nous avons croisé un seul gros bateau de touristes.

Un groupe de manifestantes égyptiennes pacifiques sur les pyramides - DR : Chango Voyages
Un groupe de manifestantes égyptiennes pacifiques sur les pyramides - DR : Chango Voyages
TM.fr : La plupart des touristes hésitent à revenir en Égypte, par peur. Avez-vous ressenti un sentiment d’insécurité pendant votre séjour ?

P.L.
: Pas du tout, je n’ai pas eu un seul souci en 10 jours, sans l’ombre d’un doute. Après notre arrivée au Caire, nous nous sommes rendus à Louxor. Le soir, nous avons fait une promenade dans les ruelles sans le moindre problème.

D’ailleurs, ce qui ressort en discutant avec le guide, c’est que les Égyptiens sont très accueillants, jamais agressifs, ils n’ont jamais un geste déplacé, un mot de trop.

Je n’étais jamais allé en Égypte avant, mais j’avais le sentiment de vivre quelque chose, un changement : les Égyptiens se réapproprient la parole, le pouvoir d’échanger.


TM.fr : Avez-vous constaté une forte présence militaire ?

P.L. :
Non, le seul barrage que nous avons rencontré était au niveau d’Assouan, alors que nous partions pour Abu Simbel. Je crois que la population en veut beaucoup aux policiers, qui étaient corrompus sous Moubarak.

Par contre, pour l’anecdote, au temple d’Edfou, nous étions seuls dans notre calèche. Arrivés à un carrefour, j’ai vu Ali, le conducteur de la calèche heureux. Face à nous, des jeunes Égyptiens étaient en train de repeindre les trottoirs en noir et blanc, aux couleurs de l'Égypte, comme s’ils se réappropriaient la circulation et la rue.


TM.fr : Vous êtes donc prêt à repartir ?

P.L.
: C’est ce que j’ai dit à la directrice de l’agence Cheops Travel : si j’ai la possibilité de revenir à Pâques, je reviens !

TM.fr : Vous comprenez que certains touristes aient peur de venir ? Qu’avez-vous envie de leur dire ?

P.L.
: Je peux comprendre que les gens aient peur, c’est un sentiment qui ne se maîtrise pas. Moi-même, je n’irai pas en Libye par exemple.

Mais je tiens à souligner qu’il y a des gens sérieux en Égypte, comme l’agence Cheops Travel, comme nos guides sur le Nil, comme Ali le conducteur de la calèche et comme toutes les personnes que nous avons rencontrées sur les marchés, dans les villages et les sites touristiques.

Et puis, il faut y aller maintenant, tant qu’il n’y a personne. C’est une chance extraordinaire de vivre ces événements, de visiter ces temples seuls.

A Abu Simbel, j’étais seul avec ma femme devant le temple de Ramsès II, avec cette sensation d’être face à l’Histoire, devant 4650 ans d’Histoire.

Je suis rentré lundi 7 mars à 1h30 du matin, mais j’ai encore toutes ces images dans la tête. Depuis, je lis, je me documente sur l'Égypte. J’ai envie d’aller au Caire, en évitant la place Tahrir s’il le faut, dans les musées. De me documenter sur toutes ces énigmes autour de la construction des pyramides, et de retrouver tous ces petits gestes qui m’ont fait aimer l'Égypte.

Mardi 15 Mars 2011 - 20:30
Propos recueillis par Anaïs Borios


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