C’est sûr, on n’est pas à Naples et il faut du temps pour s’habituer à cette rigueur. En cherchant désespérément les courbes gracieuses, on ne bute que sur des places au cordeau, symétriques.
En espérant un embrouillamini d’édifices, on ne perçoit que leur rectitude soignée. Affaire de goût, certes, mais la cohérence sans faille de l’architecture 16e, 17e et 18e siècle n’a pas le charme spontané des façades patinées de la Renaissance.
Pour comprendre ce décorum au parfum de noblesse, rappelons-nous : Turin fut capitale de la Maison de Savoie, trois siècles durant (1563-1861). Et même trois ans de plus, si l’on tient compte de son statut éphémère de première capitale de l’Italie réunifiée.
Dans une ville qui régentait alors un petit empire, les ducs de Savoie devenus rois de Piémont-Sardaigne se devaient d’imposer leur marque. Ils le firent, en appelant les grands artistes du moment – les Guarini, les Juvarra – pour ériger places et palais.
C’est ce Turin là que le visiteur découvre, une ville en quadrilatère noble et un rien austère sous les arcades desquelles bât un pouls marchand, marqué du sceau de la tradition et d’une certaine sophistication.
Le monumental rejoint le sacré
Tout est dit : la façade blanche du palazzo Reale (1658) et sa cour carrée couleur brique, résidence des souverains piémontais jusqu’en 1865 ; le classicisme du palazzo Madama, maison des « dames royales » Marie-Christine de France et Giovanna-Battista de Savoie-Nemours ; l’église San Lorenzo et son dôme jaune pastel, chef d’œuvre du Baroque européen.
Une fois mémorisée cette place, on ne peut plus invoquer la surprise. Ainsi, juste à côté, piazza San Giovanni, le monumental est toujours présent. Il rejoint le sacré sous le Duomo, où Italiens et touristes n’ont d’yeux que pour la chapelle du Saint-Suaire, devant laquelle des mamas en famille se recueillent et immortalisent l’instant sur la pellicule, face à l’image du célèbre linceul.
Un vestige romain plus loin – la célèbre porta Palatina en brique rouge, qui marquait l’accès à la zone nord de la ville Antique -, voilà à nouveau le damier turinois. Via Santa Chiara, Corte d’Appello, Bellezia, della Consolata… : tout est linéaire et net, émaillé de boutiques chics ou branchées, valorisées par une architecture aux relents parfois hautains.
C’est la piazza Savoia et son fier obélisque, c’est le palazzo di Città – l’Hôtel de Ville – et sa façade grave, c’est, bien sûr, la célèbre via Garibaldi, rue piétonne parmi les plus longues et rectilignes d’Europe, à l’implacable vocation commerçante.
Boutiques chics et urbanisme parfois hautain
La via Cernaia est à mettre dans le même sac. Certes, on apprécie l’ombre de ses arcades au plus fort de la chaleur estivale mais pour la fantaisie et le bric à brac, il faudra repasser.
A l’ennuyeuse piazza Solferino, on préfère finalement la prétention affichée de la piazza San Carlo. Au moins joue-t-elle sans fard dans la cour des grands ! Avec sa dentelle baroque et son raffinement royal, ses arcades altières et ses églises jumelles, le « salon de Turin », comme on l’appelle, comme son appendice sacré la via Roma, sont bien les joyaux de cette cité emphatique.
On apprécie aussi la via Academia delle Scienze. Surtout quand elle rencontre la piazza Carignano, enfin marquée du sceau de l’intime. Dans l’édifice rouge qui lui fait face, palazzo Carignano, sont nés deux des plus illustres représentants de la dynastie savoyarde, Carlo Alberto et Vittorio Emanuele II.
Echiquier turinois, diagonales du fou
L’une de ces rares obliques est d’ailleurs célébrissime : via Po, les arcades parfaites guident sans échappatoire possible vers l’immense piazza Vittorio Veneto. Majesté aristocratique, espace et lumière : on a beau scruter l’horizon et l’ouverture vers le Pô, où trône la coupole de l’église Gran Madre di Dio, rien sur cette place ni ailleurs ne remet en question l’équilibre élitiste et sang bleu d’une cité décidément bien ordonnée.
Turin, version futur
Les JO d’hiver de 2006 ont accéléré la cadence, avec la restructuration d’une partie du quartier du Lingotto, au sud de la ville. La gare de Porta Susa est sur le point de devenir le pôle logistique principal de la cité, au détriment de la gare de Porta Nuova. Et les quartiers du nord ont commencé leur réaménagement, avec force parcs résidentiels.
Saupoudrant tout cela, plein de nouveaux édifices et de rénovations prestigieuses ont vu le jour : Porta Europa, Design Center, musée automobile national, complexe Aldo Moro, tour Fiat… Le Turin du 21ème s. est en marche.
Balade

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