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Vendredi 23 Janvier 2009 - 08:20

Tourisme fluvial : le charme des canaux français


La France est sillonnée de voies navigables. Jadis utilisées pour le transport marchand, beaucoup sont désormais réservées au tourisme fluvial. Une manière paisible et originale d’aller à la rencontre des trésors de la France profonde.



L'écluse de Ladouce (Canal du Midi) - Photo : C.E
L'écluse de Ladouce (Canal du Midi) - Photo : C.E
Une église de campagne qui perce la brume du matin, un héron cendré posé sur une branche morte, un château féodal aperçu entre une rangée de peupliers, un cycliste solitaire sur un chemin de halage… on pourrait multiplier à l’envi les images symboles de l’itinérance fluviale, telle que la France sait en proposer à celles et à ceux qui choisissent ce mode de vacances original, doux, silencieux et reposant, à bord de pénichettes tout confort.

Car si la France est un grand pays de fromages, c’est aussi une immense terre de canaux ! Percés dès le XVIIè s, ces autoroutes des temps anciens ont servi à transporter vers les villes les richesses de nos campagnes : vins de Bourgogne ou du Minervois, bois du Morvan, blé du Lauragais, pierre calcaire de l’Auxerrois… et même des voyageurs, avec les coches d’eau.

Certains itinéraires ont nécessité un labeur titanesque, pour faciliter les échanges entre régions éloignées : le canal du Midi et le canal latéral à la Garonne, plus de 400 kms de voies d’eau et des dizaines d’écluses entre l’Atlantique et la Méditerranée ; le Rhône, canalisé pour permettre la glisse sans encombre des péniches entre le Nord et le Sud.

Aujourd’hui délaissés par l’activité marchande – sauf dans le Nord et l’Est, où la batelerie vit encore de belles heures -, ces canaux se faufilent au cœur de l’intimité rurale française. Ils offrent un terrain de loisirs inespéré pour les amateurs de plaisance et de tourisme vrai.

Résidences de tourisme itinérantes

De ce loisir, d’ailleurs, il faut réfuter l’objection de la difficulté. Rien de plus aisé, en effet, que de prendre les commandes d’une pénichette et de s’en aller en famille ou entre amis sillonner les canaux de France. Tous les séjours proposés par les spécialistes se passent à bord de bateaux louables sans permis. Avant le départ, l’initiation aux manœuvres relève presque du jeu d’enfant.

Une même manette pour accélérer ou freiner, une barre pour aller à droite ou à gauche, quelques cordages pour attacher le bateau aux amarres et vous voilà soudain promu au rang de capitaine !

D’autant que la vitesse est raisonnable : 6 km/heure, en moyenne, avec des pointes à 8 km/h…Pour être honnête, reconnaissons que le franchissement de la première écluse en solo met tout de même les sens en émoi. Viser l’entrée dans l’étroit chenal, ralentir la vitesse au minimum, stopper l’engin entre les quatre portes de l’écluse, attacher d’un mouvement sûr le bateau à l’amarre : autant de gestes à coordonner avec minutie pour ne pas heurter les bordures.

Quel plaisir alors de pouvoir discuter avec l’éclusier, homme ou femme du cru amoureux de sa région, souvent résident d’une jolie maisonnette de bord d’eau. Il sera l’indicateur précieux de l’artisan ou du petit restaurant sympathique où l’on ira déguster de savoureuses spécialités locales.

Un mot encore sur les bateaux : conçus avec goût, ils sont de véritables résidences de tourisme itinérantes. Pour deux, quatre personnes ou plus, ils sont équipés de chambres confortables, de cabines de toilettes, de kitchenettes avec frigidaire et parfois dotés de l’air conditionné, ainsi que d’un double poste de pilotage, intérieur et extérieur.

Par beau temps, rien ne vaut un après-midi allongé sur le pont à admirer le paysage de France défiler au ralenti. Et aux étapes, le soir, la convivialité est de mise, les occupants des bateaux voisins devenant vite des partenaires de croisière. Quoi de plus agréable alors que de s’échanger des conseils touristiques en partageant une bonne bouteille, bercés au soir couchant par une douce brise et le cri des canards… ?

Bourgogne et Sud-Ouest, terres promises du tourisme fluvial

Une fois séduits par le concept, reste à savoir où et combien de temps partir. En France, les locations se déroulent en général de mars à octobre. Le printemps et l’automne ont leurs adeptes, pour les paysages plus vifs, la fraîcheur matinale et l’absence d’encombrements aux écluses. Les parcours s’échelonnent entre quelques jours et… plusieurs semaines.

Cette dernière catégorie rassemble les amoureux des grandes traversées, des Nordiques « descendus » des Pays-Bas via les canaux picards ou des aventuriers en route vers le Danube, depuis les voies navigables d’Île de France…

Côté régions, la Bourgogne et le Sud-Ouest sont les terres promises du tourisme fluvial. Premier d’entre eux au chapitre notoriété, considéré comme l’un des plus beaux de France, le canal du Nivernais. D’Auxerre à Clamecy ou Decize, le parcours suit fidèlement la vallée sauvage de l’Yonne, empruntant la rivière à l’occasion et dévoilant des trésors du patrimoine : le vignoble de l’Auxerrois, les châteaux de Mailly et de Faucin, l’échelle d’écluses de Sardy et les « voûtes » de la Colancelle.

Chênes, noyers, carrières de pierre et anciens villages de mariniers bordent ce canal sinueux duquel il est possible de s’échapper à vélo vers les collines et les hameaux perchés des environs.

Autres espaces de navigation possibles : les 242 km et 189 écluses du canal de Bourgogne, déambulation bucolique entre les châteaux de Tanlay et d’Ancy-le-Franc, l’abbaye cistercienne de Fontenay, le site d’Alésia et Dijon ; le canal de Briare, le premier canal français, construit au tout début du XVIIè s. ; et même la Saône, jusqu’à Lyon, arrosant dans sa partie haute d’agréables cités fortifiées comme Auxonne, Saint-Jean-de-Losne ou Verdun-sur-le-Doubs.

Le maillage étroit de la région permet même de concevoir des parcours en boucle inédits et de rallier l’important réseau de l’Est, vers Nancy, Reims ou Strasbourg, pour des périples au long cours.

Ouvrages remarquables

L’offre du sud-ouest est plus concentrée. Sur le canal du Midi et le canal latéral à la Garonne, les plaisanciers refont dans un sens ou dans l’autre une partie du trajet emprunté naguère par les bateaux chargés de blé ou de vin.

Construit sous le règne de Louis XIV, supervisé par Pierre-Paul Riquet, ce canal de l’entre deux-mers est classé patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO. Ce n’est que justice, tant il abonde d’ouvrages remarquables.

Au fil d’un parcours plutôt rectiligne, souvent protégé de la fureur du soleil par une voûte d’arbres bienfaisante, on franchit ainsi les spectaculaires ponts-canaux d’Agen et de Moissac, la pente d’eau de Montech, le col de Naurouze (point culminant, 190 m) et la spectaculaire échelle d’écluses de Fonsérannes, près de Béziers. En cours de route, toute l’Occitanie se dévoile. Manière de pénétrer sans pudeur au cœur de l’histoire et de la géographie françaises.

En Bretagne aussi !

Plus connue pour ses rivages, la Bretagne est aussi une région de tourisme fluvial. 600 km de voies navigables prolongent certains estuaires côtiers (Rance, Blavet) ou s’enfoncent au cœur du pays Armorique, tel le canal de Nantes à Brest.

Au fil de celui-ci, l’architecture granitique de la Bretagne intérieure jaillit entre les écluses : Rohan, La Gacilly, Josselin, Malestroit… Autre itinéraires possibles : la Vilaine et le canal d’Île et Rance, escapade entre Redon et la belle cité médiévale de Dinan, via Rennes ; le Blavet et l’Aulne, rivières côtières pénétrant dans les paysages secrets du Morbihan et du Finistère.

L’écluse, ouvrage clef des canaux

Sans écluse, point de canal ! Inventé au XVè s., l’ouvrage permet de franchir les différences de niveaux entre biefs amonts et avals. Sur les canaux secondaires, beaucoup d’écluses sont encore manœuvrées à main par des éclusiers logés au bord du canal.

Ailleurs, elles ont été automatisées. L’écluse type est de format Freyssinet, datant du XIXè s. (38,50 m de long, 5,05 m de large). Ce gabarit a conditionné des générations de péniches, dites Freyssinet, conçues pour se faufiler au cordeau dans ces écluses et maximiser ainsi le volume de marchandises transportées.

Péniches-hôtels, l’autre façon de naviguer

Dans le Midi et en Bourgogne, le goût du luxe a pour nom péniches-hôtels ! Ces anciennes embarcations de marchandises ont été transformées en navires de croisière et accueillent une clientèle majoritairement étrangère. Vacances cosy et service haut de gamme sont de rigueur dans ces bateaux pouvant accueillir jusqu’à quarante personnes.

Vendredi 23 Janvier 2009 - 08:32
Jean-François Rust


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