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Mercredi 6 Octobre 2010 - 15:37

Ryanair - annonces chocs : notre expert répond à vos interrogations

La chronique de Jean Belotti, expert en sécurité aérienne


Faire voyager les passagers debout dans ses avions, supprimer les co-pilotes... le patron de la compagnie aérienne low cost Ryanair multiplie les provocations et les annonces chocs. La rédaction de TourMagazine.fr a questionné un expert en sécurité aérienne, Jean Belotti, ancien pilote de ligne à Air France sur la crédibilité de ces idées low cost. Réponses.



Ryanair a multilplié les annonces chocs ces derniers mois - DR
Ryanair a multilplié les annonces chocs ces derniers mois - DR
TourMagazine.fr - En août 2009, vous nous avez rassuré quant au projet de la compagnie “low-cost” Ryanair, de faire voyager les passagers debout, ceci afin de pouvoir embarquer une cinquantaine de passagers en plus !

Or, le projet ne semble ne pas être abandonné puisqu’il vient d’être annoncé que “faire voyager des passagers debout n’était pas farfelu”, étant donné que les passagers du TGV voyagent bien debout sans être protégés et que l’avion est aussi sûr que le train, 99 % des vols n’ayant aucun problème. Que pensez-vous du comportement de cette compagnie ?


Jean Belotti - "Il convient tout d’abord de reconnaître que le produit offert par cette compagnie - malgré certaines contraintes - répond à une importante demande, puisqu’elle dessert actuellement 150 aéroports en Europe, avec un trafic passagers annuel de plus de 65 millions.

Mais, ce qui est également très important à noter c’est que ladite compagnie n’a eu a déplorer aucun accident ou incident grave, ce qui confirme - à tout le moins jusqu’à ce jour - l’existence d’équipages hautement qualifiés et une très rigoureuse maintenance. Ce résultat, fort sécurisant, contribue également à sa bonne image de marque.

Quant à la recherche d’économies (réduction des coûts, maximisation de la recette, développement de synergies, etc...) qui est effectivement une préoccupation constante de tous les entrepreneurs, il n’en reste pas moins que, indépendamment de ses limites fixées par les textes réglementaires, les
options envisagées doivent être justifiées. Or, prendre comme référence les passagers du TGV
n’est pas recevable pour les raisons suivantes :

''Contusions, traumatismes, fractures... en cas de turbulences''

- Le TGV se déplaçant sur une seule dimension, sans gros à-coups, il peut ralentir sa vitesse jusqu’à s’arrêter, alors que l’avion se déplaçant dans trois dimensions, ne peut bien évidemment pas s’arrêter en vol, ni réduire sa vitesse en dessous d’une certaine limite, celle du décrochage.

- Indépendamment de la difficulté de se tenir debout pendant la phase d’accélération du décollage, la position inconfortable pendant la montée, puis la descente, affirmer que 99 % des vols n’ont aucun problème, c’est admettre que sur 1 % des vols - ce qui est énorme - il y aura donc des problèmes. Encore faut-il définir la nature de ces problèmes !

Il s’agit essentiellement des conséquences résultant de la traversée de zones de turbulences - lesquelles peuvent être très sévères, même sur le réseau européen - à savoir : contusions, traumatismes, fractures...

Il en résulte que l’argumentation développée par la compagnie n’est donc pas convaincante, elle n’a aucune chance de faire modifier les textes légaux (nationaux et internationaux) définissant les règles de sécurité du transport aérien de passagers
".

''Absurde''

Jean Belotti - DR
Jean Belotti - DR
TourMagazine.fr - Ryanair vient également d’envisager la possibilité de supprimer les copilotes à bord des appareils de sa compagnie, estimant que les systèmes de pilotage automatique les rendaient inutiles. Quel est votre avis sur cette proposition ?

Jean Belotti - "Au sujet de l’argumentation développée pour justifier cette proposition “qui permettrait à l'ensemble du secteur d'économiser une fortune”, voici quelques éléments de réponse :

1.- Affirmer que les copilotes ne sont plus vraiment indispensables dans les avions modernes, du moins lors des vols courts (Ryanair n'effectuant aucune liaison long-courrier), durant lesquels “c'est l'ordinateur qui fait presque tout le travail” est absurde. Pour s’en convaincre, il suffit de se reporter à ma chronique d’avril 2004 “Ici votre Commandant, bienvenue à bord” (www.aviationpublications.com ou à “Indispensables pilotes” (Editions SEES - Chapitre 19 “En quoi consiste leur métier”).

On notera que la comparaison entre vols courts et vols longs, pour justifier la suppression du copilote sur les vols courts, n’est pas probante. En effet, quel que soit le type de vol, il y a une phase de décollage, de montée, de croisière, de descente, d’approche et d’atterrissage.

La seule différence qui existe sur long-courrier est une durée de croisière plus longue. De surcroît, l’argument se retourne contre son auteur, car c’est précisément sur court-courrier, où décollages et atterrissages sont plus nombreux, que la présence d’un équipage complet est indispensable.


''Le principe du cross check réduit le nombre de crashs''

2.- Affirmer qu’avec les progrès des systèmes de pilotage automatique, le seul vrai rôle des copilotes est de prendre les commandes en cas de malaise du pilote, laisse penser à un “scoop médiatique”, car on ne peut imaginer qu’un dirigeant de compagnie aérienne ne sache pas :

- que, depuis des années, le principe du “cross check” consistant à une vérification réciproque des actions engagées par les deux pilotes, a été un facteur essentiel de la réduction du nombre d’accidents ;

- que, depuis des années, les équipages suivent des stages réglementaires (CRM “Cockpit Resource Management”) dont le but est d’améliorer la gestion des pannes et les situations exceptionnelles.

- qu’indépendamment du malaise cardiaque, il y a également ce que l’on nomme l’“inhibition partielle”. Dans ce cas, l'erreur, le manque de réaction, naît d'une absence momentanée du pilote, lors de certaines configurations de vol.

Par exemple, lors du décollage, le pilote aux commandes, au moment précis où il doit tirer sur le manche pour faire décoller l’avion, oublie de faire. Cela est d’ailleurs restitué sur simulateur pour sensibiliser les pilotes afin qu’ils réagissent instantanément à toute anomalie pendant ce type de phase critique.

3.- Affirmer qu'un steward ou une hôtesse, dûment formé, pourrait très bien se charger de la
conduite du vol en cas de malaise cardiaque du pilote est une galéjade et personne ne sera dupe.
"

Mercredi 6 Octobre 2010 - 15:37
Jean Belotti


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