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Jeudi 1 Avril 2010 - 15:04
La Vendée historiqueCourageux et déterminés, les habitants de la Vendée se battent pour leur identité depuis la préhistoire. Dans un environnement marécageux difficile et insalubre, cible privilégiée d’invasions étrangères par la mer, ils se sont vite tournés vers les réconforts de l’Église. Ce qui les a dressés contre les autorités républicaines et abouti à la terrible guerre de Vendée qui a marqué durablement les esprits locaux.Un peu d’histoire... Des menhirs aux abbayes
De multiples pierres polies trouvées au hasard des labours comme à Nieul-sur-l’Autise, attestent de la présence de populations vivant ici au Néolithique. Celtes et Pictons s’installent dans le golfe aujourd’hui devenu le marais et fournissent des bateaux à César.
La christianisation pénètre peu à peu la région, avant le passage des Wisigoths et pendant la tutelle des Francs après la victoire de Clovis à Vouillé en 507. Sous le règne de Charlemagne, s'érigent de nombreuses abbayes. Saint-Philbert fonde Noirmoutier, puis Luçon et Saint-Michel-en-l'Herm, avant les invasions des Vikings. Les seigneuries s'organisent pour lutter contre la menace mais ce n’est que lorsque le roi Charles le Chauve donne aux Vikings ce qui deviendra la Normandie que les persécutions prennent fin. Un Moyen Âge très anglo-français
De nombreux châteaux forts ont été construits en Vendée au Moyen Age, comme celui de Pouzauges - DR
Au Moyen Âge, les abbayes se multiplient et fondent de multiples prieurés et paroisses grâce aux donations faites par les seigneurs.
Les moines s'attaquent aux forêts et assainissent les marais, tandis que s’élèvent d'imposants châteaux forts à Fontenay-le-Comte, Luçon, Montaigu, Apremont, Talmont, Olonne, Mervent, et aux Herbiers. Sous la seigneurie des comtes de Poitou, se développent l’agriculture, la pêche, le commerce du sel, et s’érigent de nombreuses églises romanes comme La Chaize-le-Vicomte, Foussais, Longeville, Saint-Nicolas-de-Brem, Vieux-Pouzauges par exemple. Richard Cœur de Lion, quand la région devient anglaise, fait de Talmont un de ses lieux de résidence. Philippe-Auguste reconquiert la province et le XIIIe siècle est une période de progrès commercial pour Fontenay et les ports de la côte, d'assèchement des zones marécageuses du marais Breton et de développement des évêchés de Luçon et Maillezais nouvellement constitués en 1317. A peine sortie de la grande peste (1348-1350), la province subit la Guerre de cent ans et la "terreur anglaise". Bertrand du Guesclin reprend une à une les villes perdues et se verra confier la châtellenie de Fontenay. Guerre civile et désordres sont le quotidien jusqu’à l’épopée de Jeanne d’Arc et la reconquête de son royaume par Charles VII. La province entre alors dans un siècle de prospérité. Louis XI ordonne le développement du port des Sables en 1472, accorde des libertés communales à Fontenay et des privilèges fiscaux aux Sablais. Le commerce du sel prend de l’essor. Renaissance et guerres de religion
Fontenay-le-Comte devient une cité intellectuelle et artistique de premier ordre, surnommée à l’époque « capitale des beaux esprits ». Dans l'ensemble de la Vendée fleurissent des demeures dans le goût nouveau de la Renaissance, influencé par l’Italie, à Terre-Neuve, Puy du Fou, Apremont.
Comme ailleurs en Europe, la Réforme trouve ici de nombreux partisans opposés aux munificences de l’Église. Les premières persécutions se déclenchent en Vendée contre les réformés, tandis que la religion calviniste progresse, touchant d'abord les nobles qui entraînent à leur suite les populations rurales. Le massacre de Wassy en 1562 déclenche les combats entre catholiques et protestants, et le bocage vendéen devient le théâtre d'engagements multiples : combat de Mouilleron, saccage de Luçon, occupation de Fontenay, prise de Pouzauges, Montaigu, La Châtaigneraie, jusqu’à la paix d'Amboise qui ramène le calme. Après la Saint-Barthélémy en 1572, les violences se rallument et les scènes de pillage, d'incendie, perpétrées par l'un ou l'autre parti, se répètent et ravagent la Vendée malgré les efforts de Sully, gouverneur du Poitou. Les guerres de religion auront des conséquences sur la province pendant de longues décennies encore. Les protestants reprennent les armes en 1622 et prennent Les Sables-d'Olonne et Talmont. Louis XIII lui-même vient les combattre et séjourne alors à Apremont. Cette nouvelle insurrection entraîne la destruction de beaucoup des forteresses du Moyen Âge décidée par Richelieu, ancien évêque de Luçon où il a été nommé à l’âge de 23 ans. Talmont, Tiffauges, Commequiers sont ainsi démantelés. À l'avènement de Louis XIV, les protestants sont de nouveau persécutés par les dragonnades. En 1685, l’édit de Fontainebleau, supprime officiellement la religion protestante : beaucoup se réfugient dans la clandestinité ou s'exilent aux Pays-Bas ou en Allemagne. Révolution française et contre-révolution vendéenne
Dans l’ensemble, les 17e et 18e sont des siècles de prospérité pour la Vendée, avec l'assèchement des marais qui a repris, l'essor du port des Sables, le nouvel élan de Fontenay-le-Comte, une expansion de la démographie, le développement de quelques manufactures textiles et l'amélioration des grands chemins royaux.
Quand la Révolution éclate, le monde rural vendéen, comme celui de la France entière attend une diminution des droits seigneuriaux et de la fiscalité. En 1790, le Grand et le Petit Lay avaient été retenus pour donner leur nom au département de la Vendée. Mais, afin de ne pas risquer le jeu de mots sur les deux laids, on leur préféra le nom d’un fleuve beaucoup moins considérable, la Vendée. La nouvelle administration, mise en place en 1791, est moins bien admise quand elle se met en devoir d'appliquer la politique religieuse voulue par la Constituante. Les paysans vendéens ne voient pas d'un bon œil la confiscation des biens du clergé, et refusent de cautionner un pouvoir qui s'attaque à la religion. Après la mort de Louis XVI, quand la Convention décrète la levée en masse, l'insurrection éclate. Le mouvement fait boule de neige, les paysans s'arment pour faire entendre leur mécontentement et montrer leur détermination. Les partisans du nouveau régime sont spoliés, arrêtés ou enrôlés de force. Le mouvement gagne toute la région, où s'organise « l'armée catholique et royale » qui comptera de nombreux chefs : Cathelineau, d'Elbée, La Rochejaquelein, et Charette. La guerre démarrée pour un motif religieux, va devenir politique et afficher des visées royalistes. Ce sont d’abord des victoires vendéennes jusqu’aux défaites de Châtillon, puis de Luçon, et enfin Cholet où l'armée catholique et royale part en déroute vers la Normandie pour tenter de contacter les Anglais. Défait, le gros des troupes se fait massacrer dans les marais de Savenay. Escarmouches et embuscades se poursuivent jusqu’aux négociations qui préludent à la paix, signée le 17 février 1795 à La Jaunaye, près de Nantes, par Charette et Sapinaud. La contre-révolution vendéenne est finie. Une paix remuante jusqu’à Waterloo
Le concordat de 1801 signé par l'abbé Bernier assure au département la liberté religieuse. Seuls quelques milliers d'acharnés refusent cette main tendue, forment le schisme de la Petite Église et reprochent à Pie VII la signature de ce concordat.
Bonaparte cherche à rétablir la confiance. Admiratif de ces paysans qui ont fait selon ses mots une « guerre de géants », il les exempte de service militaire et, en même temps, pour mieux contrôler un département qu'il craint, il en transfère le chef-lieu à La Roche-sur-Yon, petit bourg plus central. Il y fait édifier une véritable ville nouvelle à vocation militaire et défensive. Parallèlement, il réorganise l'économie en versant des subventions, crée une route de La Roche-Napoléon à Beauvoir et développe l'enseignement secondaire en démarrant des établissements à Chavagnes, Fontenay-le-Comte, Les Sables-d'Olonne, Luçon et Montaigu. Maladroitement Napoléon, toujours en quête de soldats, rompt ses promesses concernant la conscription, ce qui ranime les braises de la révolte : les insurgés se multiplient et seule l'abdication de Napoléon après Waterloo a raison des troubles. L’habitude des conflits et la fierté d’être vendéen
La Vendée rentre alors dans une certaine quiétude.
Le sud, républicain en 1793, soutient Napoléon III, tandis que le reste se réfugie dans l'opposition ou l'abstention. A partir de 1880, face aux partisans de la monarchie se développe en Vendée un courant républicain modéré, ancré surtout dans le sud. Même Georges Clemenceau apparaît comme un dangereux radical et cette situation de département coupé en deux se poursuit jusqu'en 1914. Le 19e siècle a consolidé une vie rurale qui a peu évolué depuis les années 1780 et commencé d'implanter quelques industries : mines de charbon en bordure du massif forestier de Vouvant, tanneries et filatures de la vallée de la Sèvre, qui ont permis la naissance, comme partout ailleurs, d'un mouvement socialiste et syndicaliste. La Première Guerre mondiale apaise les rivalités politiques et tous contribuent à la défense de la patrie avec dévouement et efficacité, à l’image de Georges Clemenceau, le Père la Victoire, vendéen devenu président du conseil en 1917. L'évolution récente a entraîné industrialisation et développement du tourisme côtier, et donc rupture de l'inertie du milieu rural. D'autres hommes et de nouvelles vues ont contribué à renouveler les mentalités vendéennes et à remettre en cause le rejet de la République et la glorification partisane de la légende vendéenne. Des mouvements actuels, intellectuels et politiques, ont dépassé les clivages et regardent avec plus de sérénité une "Vendée en blanc et bleu" dont les deux parts coexistent, enrichissant ce département de leur complémentarité et de leur diversité. Jeudi 1 Avril 2010 - 15:04
Aline Pontailler
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