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Par Jean-François Rust, publié le 3 Février 2010.
La Charité-sur-Loire, ligérienne et clunisienne !Dans son parcours vers l’Atlantique, la Loire croise la Charité. Une ville qui pourrait devenir star, tant son patrimoine est hors normes. Un pont de pierre majestueux du XVIè s., un prieuré clunisien reconquis après un patient travail, une flopée de libraires et un accès à la Réserve Naturelle du Val de Loire. La Charité ne fait plus l’aumône !La vieille ville de la Charité, un livre d’histoire à ciel ouvert
Fondé par Cluny au XIè s., le prieuré de la Charité s’était peu à peu englué dans la gangue urbaine. Restauré, il braque les projecteurs sur une cité connue aussi comme Ville du Livre, grâce à ses librairies spécialisées. Deux bons motifs de découvrir cette étape sur la route de Saint-Jacques de Compostelle, dont l’église est classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco.
Trente ans. C’est le temps qu’il aura fallu pour sortir La Charité de l’oubli. De prime abord, cette cité aux confins de la Bourgogne a tout de la provinciale tranquille. Rue commerçante qui dévale vers la Loire, maisons de quais un tantinet bourgeoises : rien que l’activité normale d’une cité-carrefour, porte d’accès au Berry voisin. À regarder de près, tout n’est pas si simple. Il y a pour commencer ce pont incroyable, un axe de pierre emprunté depuis 1520 en un endroit où la Loire était déjà, depuis des lustres, franchie à gué. Les dix arches soutiennent toujours un trafic intense et coupent la Charité en deux : sur la rive est, le cœur de ville ; sur la rive ouest, une île ancrée au milieu de la Loire, le Faubourg.
Prieuré fondu dans la ville
Le deuxième choc vient Place des Pêcheurs. Dominée par un portail gothique et le clocher Sainte-Croix (XIIè s.), vous voilà devant l’ancienne entrée de la grande église prieurale Notre-Dame. Ancienne car, en franchissant le porche, point de nef ni de travées mais… une seconde place, Sainte-Croix, occupée par des voitures. Un point d’histoire s’impose. En décidant au XIè s. de créer le prieuré de La Charité-sur-Loire, les moines de Cluny voient grand. L’église Notre-Dame fait 122 m de long, le clocher Sainte-Croix pointe à 72 m et la nef a 27 m de haut. C’est la deuxième église médiévale d’Europe après… Cluny et plus de 200 moines vivent ici au XIIIè s. Mais un incendie ravage l’ensemble prieural en 1559. Malgré des reconstructions (l’église Notre-Dame est raccourcie), il sombre dans l’oubli et se fond dans le tissu urbain. C’est ainsi que, place Sainte-Croix, les habitations des n° 5 et 7 sont logées dans l’ancien collatéral nord de l’église ; qu’un marchand de vins occupait encore, il y a peu, le réfectoire des moines ! Et que les fondations de la seconde église, Saint-Laurent, destinée au culte des morts, ne furent redécouvertes qu’à l’occasion d’un chantier urbain. Cellier, logis, Porterie… Car le prieuré a été redécouvert ! Par l’architecte Jean-Pierre Duthoit, en 1973, qui impulse le chantier de restauration. En 1998, l’église Notre-Dame est classée par l’Unesco étape majeure sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle (chemin de Vézelay). Le Jardins des Bénédictins et l’église Saint-Laurent sont rendus au public. Le cloître est restauré et la salle capitulaire inaugurée. L’aile Nord du cloître, créée au XVIIIè s., vient tout juste d’être achevée. Et il y encore le cellier, les communs, le logis du Prieuré, la cour du château, la Porterie… A côté du quartier monastique – un cinquième du centre-ville ! -, La Charité offre une spécialisation et un tissu urbain singulier. Près de la Loire, rue du Pont, voici le quartier des libraires. Une dizaine y a élu domicile. Esotérisme, livres d’art, policiers…, ces librairies sont la nouvelle image de la ville. Elles attirent un public de connaisseurs qui se retrouve, l’hiver, au marché du livre, dans le cellier du Prieuré. Tradition d’hospitalité Reste à voir les autres quartiers. Celui des mariniers, près des quais, et son grenier à sel, rappelle l’activité batelière, lorsqu’au XIXè s transitaient par le port de La Charité produits agricoles et vins locaux ; le quartier des guetrôts, nom local des vignerons, avec ses petites maisons populaires et ses trappes d’accès aux caves ; le quartier de la Halle, avec ses échoppes des XVIè et XVIIè s. ; le quartier des hôtelleries, enfin, avec ses maisons du XVIIè et XVIIIè s., haltes de pèlerins et de voyageurs. Une tradition d’accueil issue du XIIè s, lorsque l’ancienne Seyr fut baptisée La Charité, en mémoire des vertus d’hospitalité de ses moines. Page 2 : De la Loire en Barre... et Loire en furie Nouveau commentaire :
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