Vendredi 10 Février


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Lundi 5 Juillet 2010 - 09:29

La Bresse dans tous ses états


La Bresse évoque la volaille et une certaine harmonie paysanne. Sur place, c’est bien de cela dont il s’agit ! Avare de sites grandioses, ce terroir livre ses secrets à condition d’arpenter patiemment ses villages. Elevages, fermes bressanes, marchés, réserves naturelles…, nous avons parcouru la région et découvert des trésors cachés.



Marché de Louhans © Ville de Louhans Châteaurenaud
Marché de Louhans © Ville de Louhans Châteaurenaud
Par quel bout prendre la Bresse ? Par le bout de l’inspiration ! Par bonheur, ce premier jour en Bresse est un lundi. Et le lundi, tout le monde vous le dira, il faut se lever tôt et aller à Louhans, pour le marché. Plus de 500 ans qu’il existe.

Dès 8h, branle-bas de combat. La célèbre rue centrale aux 157 arcades qui coupe exactement la ville en deux se ferme aux voitures, prise d’assaut par les étals de marchands. Fripes, victuailles, ustensiles : autour de l’église, tout ce que la campagne recèle de savoir-faire s’est donné rendez-vous.

Mais le cœur du marché bat quelques mètres plus loin. Voici l’aire d’échange des "blanches à pattes bleues", la célébrissime volaille de Bresse.

S’y retrouvent non pas les grands fermiers, mais les petits éleveurs. Comme Simone, venue de l’Ain avec ses poulettes et ses lapins. Ou Elvira, l’une des trois accouveuses de Bresse. Son métier : faire naître les poussins pour les revendre aux éleveurs, à l’âge d’un jour.

Cages en bois ou en plastique, cocoricos aigus de coqs apeurés, œufs frais et pintades criardes : voilà pour le décor, entre lequel glisse un public âgé et claudiquant, des gueules de terroir aux vêtements improbables, les casquettes, cannes et parapluies en guise de décorations.

Les plus belles fermes bressanes

Volaille de Bresse © CIVB
Volaille de Bresse © CIVB
Le bain de volailles a donné envie d’en savoir plus. Mais où se cachent ces élevages fermiers, qui donnent tant de crédit à la région ? En fait, un peu partout. 240 éleveurs sont dispersés en Bresse et certains ouvrent les portes de leurs poulaillers au public.

L’heure n’étant pas au festin, cap sur le Val de Seille. C’est par là, on nous l’a promis, que se cachent les plus belles fermes bressanes. En effet, voici Saint-André-en-Bresse. L’archétype du corps de ferme bressan est devant nous : deux bâtiments allongés se font face, séparés par un pré.

Chaque bâtisse montre d’esthétiques colombages de chêne entre lesquels apparaît la brique. L’ensemble est protégé par un avant toit débordant. Même chose à Juif, le village voisin, peut-être l’épicentre de l’architecture bressane.

À l’extérieur du village, il faut voir l’extraordinaire ferme à étages et colombages, dotée d’un balcon et flanquée d’une tour carrée. Un musée vivant du patrimoine.

Pâtés, cuisse de poularde, salade de bréchets…

On n’en a pas fini avec l’architecture. Nous voilà à Mervans. Il faut lever la tête et viser l’incroyable clocher vrillé de l’église aux tuiles vernissées. À chacun son explication sur le phénomène. Fragilité du bois, effet du vent, de l’humidité ? Peu importe, l’esthétisme de ce clocher à la charpente tordue est bluffant.

Préty vaut aussi le coup d’œil. Voilà une commune qui produit une pierre calcaire rose dont la région use abondamment. Et puisque l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même, Préty s’est fait belle en premier. Partout, des maisons pourpres, autour de l’église romane, magnifique avec le platane bicentenaire qui la borde.

L’heure tourne, il faut déjeuner. Impossible de mourir de faim en Bresse. Un restaurant de village, à Cuisery, à Loisy, une auberge de campagne où déguster pâtés, cuisse de poularde ou salade de bréchets (le fameux os de poulet mangé ici en persillade et surnommé la grenouille du pauvre), rien de tel pour repartir du bon pied.

100% nature

Bateau Pêche Seille © Ville de Louhans Châteaurenaud
Bateau Pêche Seille © Ville de Louhans Châteaurenaud
Côté nature, ce coin de Bresse est aussi bien loti. Direction le nord, village de Longepierre. Nous voilà dans la basse vallée du Doubs, classée réserve Natura 2000. Des sentiers balisés s’enfoncent dans la plaine, bordées de hautes digues qui protègent les exploitations des crues. Comme un polder bressan !

100% nature, c’est aussi le label du village de La Truchère, au confluent de la Seille et de la Saône. Un vrai "no man’s land" nautique, débordant d’oiseaux (cormorans, cygnes, hérons…). Un peu plus de 3 000 bateaux franchissent chaque année l’unique écluse manuelle régulant les niveaux entre les deux rivières, jusqu’à 2,20 m l’été. À la manœuvre, Georges, l’éclusier.

Il est aussi gardien d’un autre ouvrage, unique, le barrage à aiguilles. Où comment freiner le courant de la Seille en installant un rideau serré d’allumettes géantes en bois ! Le barrage et sa technique mobile date de 1817. La mise en place des aiguilles, chaque fin d’hiver, ne demande pas plus d’une demi-journée à trois solides gaillards. Quand on vous disait qu’en fouillant un peu, la Bresse livrait ses plus beaux secrets…

Pour préparer votre séjour : www.bresse-bourguignonne.com

A la loupe

Cuisery, village du livre

C’est à la mode et ça marche ! Cuisery est officiellement déclaré « village du livre », par la grâce d’une volonté commune et la présence d’une dizaine de libraires-bouquinistes et d’artisans du livre.

Chaque premier dimanche du mois, tout le monde s’installe dans la rue. Ce marché, aux beaux jours, draine curieux et lecteurs. On vous cite deux boutiques, pour la qualité de leur accueil : l’Alchimie du Livre, un atelier de reluire et restauration de livres anciens et Le Petit Journal.

Hôtel-Dieu, comme si c’était hier…

Encore un Hôtel-Dieu, direz-vous ? Oui, mais pas n’importe lequel. À la différence de Beaune ou Tournus, celui de Louhans est resté dans son jus. En fermant les yeux, on pourrait presque imaginer les malades dans leur lit. Tout est à l’état brut.

Les lits en bois de la salle des hommes, ceux en fonte des femmes, la chaire du prêtre autour de laquelle tout le village venait écouter la messe. Et l’apothicairerie, avec sa collection extraordinaire de faïences lustrées hispano-mauresques du XVè s. Un bijou.

Décryptage

Poulet, poularde, chapon, quelle différence ? Le poulet, issu d’un poussin mâle, est abattu à partir de 4 mois et doit peser 1,2 kg effilé. La poularde provient d’un poussin femelle. Elle est tuée à maturité sexuelle, à cinq mois minimum et doit peser 1,8 kg.

Le chapon est la volaille de fin d’année et d’excellence. C’est un poussin mâle, né en mars, castré et écrêté en juin. Au lieu de durer quatre à cinq mois, son élevage est prolongé huit mois, jusqu’en décembre. Il pèse au minimum 3 kg. Mais qu’il soit poulet, poularde ou chapon, l’élevage se finit toujours en épinettes.

Mardi 12 Avril 2011 - 11:02
Jean-François Rust


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