Sur fond de crise sociale, elle émergeait déjà au début des années 1930, sous la domination anglaise.
Héritières d’anciens esclaves, les communautés rurales noires guidées par des leaders charismatiques avaient alors trouvé dans une exégèse de la Bible un nouveau Dieu spirituel : l’empereur éthiopien Hailé Sélassié. Proclamé messie, le Négus venait d’être élu roi de ce pays d’Afrique qui demeure pour les adeptes du rastafarisme le continent des origines.
Reggae, ganja (marijuana), dreadlocks, couleurs rouge, jaune et vert : que l’on se pose à Kingston ou à Montego Bay, la culture rasta, pacifiste et antimatérialiste, est partout.
Elle est hélas folklorique sur la côte nord, où les navires de croisières déversent des milliers de touristes américains avides de découvrir les signes extérieurs d’une identité dévoyée.
Mais elle est profonde ailleurs, dès lors que l’on suit les chemins de traverse qui mènent toujours à des rencontres inoubliables.
Nine Mile, village natal de Bob Marley
Comment passer à côté de l’ancienne maison de Bob Marley, devenue musée à la gloire du chanteur ? Comment, aussi, éviter Nine Mile, le village natal du musicien, perdu dans les montagnes vertes et les plateaux de terre rouge de la paroisse de Saint-Ann, au cœur vibrant de l’île ?
Les authentiques rastas n’ont beau représenter qu’une minorité des 2,7 millions d’habitants, beaucoup s’en réclament, solidaires de leur esprit d’indépendance, trait commun à tous les jamaïcains modestes.
Il n’est qu’à partager un feu de camp sur la plage au rythme des sound systems pulsant les derniers hits de reggae ou de dancehall, pour comprendre qu’il flotte sur la Jamaïque un parfum tropical unique.
Mais sauf à arpenter l’île - à peine plus grande que la Corse -, en touriste "routard", difficile de s’en imprégner vraiment. Il n’empêche. Les circuits ou la découverte en véhicule de location dévoilent une nature prodigue qui contentera bien des visiteurs.
Port Antonio, « plus ravissant port du monde »
A Port Antonio, décrété "plus ravissant port du monde", la double baie aux eaux turquoise est empreinte d’une langueur tropicale au charme indicible. Errol Flynn, star de Hollywood, ne s’y était pas trompé, tombé amoureux de la région au point d’y avoir acquis terres et domaines.
La côte nord, on l’aura compris, est la plus fréquentée. Derrière le littoral bétonné d’hôtels qui défigurent la côte – à Ocho Rios, à Montego Bay -, il reste quantité de sites remarquables.
Les adeptes de farniente tropical s’alanguiront sur les plages à palmiers de Turtle Beach, Reggae Beach ou James Bond Beach. Près d’Ocho Rios, personne n’échappera à l’excursion à Dunn’s River Falls, spectaculaires chutes d’eau à apprécier tôt le matin, avant l’arrivée des groupes.
Partout, l’occasion sera donnée de croiser des écoliers en uniforme et des vendeurs ambulants, ces fameux hustlers qui font profession de vendre tout et rien pour grappiller l’argent de leur maigre quotidien.
Sud aride
Plus loin, l’ouest et le sud de la Jamaïque offrent de nouveau les images d’une île à fortes pulsations. Certes, la longue plage "7 Miles Beach" de Negril a son mot à dire, avec son sable blanc et ses restaurants de poissons.
On lui préférera les champs de canne à sucre autour de Savanna-la-Mar et les vieilles maisons de bois à galeries du port endormi de Lucea. Ou bien les replis secrets des montagnes du Westmoreland.
Surtout, on n’oubliera pas d’arpenter ce sud aride et peu fréquenté pour découvrir les formidables chutes d’eau de Ys, la célèbre distillerie de rhum Appleton et l’étonnant Great Morass, un marais couvert de nénuphars et de mangroves peuplé de grands crocodiles.
En Jamaïque - comme souvent en voyage -, c’est en sortant du cadre imposé que l’on aura les plus justes impressions sur une nation caraïbe mille fois unique et fière.
Balade

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