Voilà la fameuse « carte postale » annécienne, avec la figure de proue conquérante du Palais de l’Île, le Thiou divisé en deux bras, les maisons colorées et les bacs à fleurs accrochés aux balustrades des quais.
Rien à dire, c’est beau, propre, net. Tout est un peu comme cela à Annecy.
Sur le Pâquier, la vaste esplanade herbeuse des bords de lac où s’ébroue la jeunesse, quelque chose de suisse flotte dans l’air.
Un lac aux eaux transparentes -le plus « pur » d’Europe- les reliefs des Bornes-Aravis en fond de scène, les barques en acajou, les cygnes en goguette et les résidences cossues de l’avenue d’Albigny : Annecy joue la carte de l’opulence bourgeoise et sereine, une harmonie, ne mentons pas, agréable à l’œil et plutôt apaisante pour l’esprit fatigué.
Vocation catholique
Les couples s’y laissent photographier, béats, enlacés, embrassés, avant de s’éloigner d’un pas lent bercé de romantisme. De l’autre côté, le parc à l’anglaise des Jardins de l’Europe déroule son tapis d’essences centenaires, protégeant de ses ramages le tranquille embarcadère des bateaux de croisières.
L’architecture elle-même joue une partition esthétique. Il suffit d’observer la façade 19ème s. toute en équilibre de la Préfecture de Savoie et celle, néoclassique, de l’Hôtel de Ville, dont la belle symétrie se reflète dans le miroir d’eau aménagé en 1995 par l’architecte Jean-Michel Wilmotte.
Les églises, si elles rappellent la farouche vocation catholique de la ville, rivalisent d’élégance discrète. Saint-François propose sa livrée Baroque et blanche, un franc air d’Italie que confirme la messe du dimanche matin, célébrée dans la langue de Dante pour l’importante communauté transalpine de la ville.
A deux pas, l’église Saint-Maurice en impose avec son clocher néo-classique. Seule « fausse note » : sous l’effet du poids, en ce terrain marécageux, son chœur, observez-bien, s’est déformé.
Rue Sainte-Claire, effluves des terroirs de montagne
Presque trop léché, même, au point d’avoir attiré une ribambelle assez affligeante de pseudo-restaurants savoyards, version attrape-touristes. Eludons, et concentrons-nous, un jour de marché, sur cette belle rue Sainte-Claire à arcades.
Elle vibrionne, la petite artère, livrant au nez des chalands toutes les effluves du terroir de montagne, reblochons, tomes des Bauges, charcuteries...
Les commerçants ont l’air heureux d’être là, à la vente derrière leurs étals ou accoudés aux comptoirs de la Buvette du Marché et du café Curt, leurs deux QG.
Les canaux, second maillage de la ville
Autrefois, la plupart des habitants du quartier travaillaient à la filature de cotons, au bord du Thion. Elle a été remplacée par une construction récente qui n’obtiendra jamais, exception notoire dans cette vieille ville si gracieuse, l’oscar de la beauté…
Beaux et placides : le double qualificatif convient aussi, évidemment, aux canaux. Ils forment comme un second maillage dans la ville. On prend plaisir à les suivre lentement par les quais piétonniers, sautant de l’un à l’autre grâce aux passages tracés sous les immeubles.
La balade montre un Annecy bien léché, façades pimpantes, avec juste ce qu’il faut de ce quant-à-soi provincial qui invite chacun à bien se tenir en toutes circonstances.
Rues Royale et du Pâquier, place Notre-Dame : la chocolaterie « Au Fidèle Berger », l’ancien Hôtel de Sales (où descendait la cour de Sardaigne au 18ème s.), la vénérable banque savoyarde Laydernier (120 ans en 2011), le magasin de chapeaux Pochat… : tous soulignent le caractère « aristocrate » et industrieux d’une ville au dynamisme incontesté, et dont le prix au m² est l’un des plus chers des Alpes.
Annecy n’est pourtant pas qu’une ville-musée, quoi que le centre ancien puisse laisser croire. Au nord, le quartier Impérial, avec ses bâtiments classiques et ses larges avenues, rappelle la période faste des forges, des papeteries et des filatures, au 19e siècle.
Mais il suffit de s’engager rue Carnot, bordée de boutiques de vêtements, pour observer la passerelle jetée vers la modernité. Au bout de cet axe piétonnier, née près de l’église Notre-Dame de Liesse, le récent centre commercial Courier capte aujourd’hui la jeunesse consumériste.
Projet d’hôtel de luxe et d’un centre de congrès
A l’intérieur, on trouve l’office de tourisme, trois salles de spectacles, un espace commercial, un restaurant, les bureaux du Dauphiné Libéré (le « Daubé », comme on dit ici). Bref, un lieu de vie directement connecté, l’été, avec les plaisirs balnéaires des bords de lac.
D’autres aménagements urbains sont prévus, même si l’échec de la candidature d’Annecy aux JO d’hiver de 2018 a été un coup d’arrêt qui risque de retarder bien des projets…
Ville d’affaires encore plus que de tourisme, Annecy et le lac, terre des briquets et stylos Dupont, des skis Salomon, des poêles Téfal, des roulements SNR (filiale de Renault) et de quantité de sociétés de services performantes, cherchent à se doter d’un établissement hôtelier de luxe et d’un centre de congrès contemporains. Le premier pourrait voir le jour dans l’ancien hôpital.
Quant au second, les édiles y réfléchissent. L’immense îlot urbain occupé jadis par les haras nationaux, à l’abandon dans le quartier Impérial, pourrait faire l’affaire. De quoi électriser un peu l’image d’une ville superbe et trop souvent cantonnée, pour les touristes, au charme de l’ancien.
Balade

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Haute-Savoie : le Lac d’Annecy, des rives si peu connues…


















