Cinq kilomètres conduisent à l’entrée des gorges, depuis le village d’Estoublon. Une barrière de protection sur la droite, un vieux panneau rappelant un maquis libérateur : c’est bien là qu’il faut laisser son véhicule.
En cinq minutes, on rejoint l’Estoublaïsse, petit torrent tumultueux dont on louera la pugnacité à entamer, depuis des siècles, la résistance du calcaire. Un panneau présente différents circuits. On choisira « Valbonnette par la chapelle Saint-André », annoncé pour 7 km et 3h30-4h de marche.
En surplomb au dessus du torrent, on ne manquera pas de distinguer la clarté cristalline de l’eau. Loin de toute source de pollution, l’Estoublaïsse héberge la truite fario et le très rare chabot, un poisson fouisseur à grosse tête dont l’espèce, en voie de disparition, ne peut survivre que dans une eau très pure. Juste avant une passerelle, on s’engagera à droite sur le sentier. Une longue remontée d’une heure dans les gorges débute, avec quelques passages aériens où l’on pourra s’aider de rampes métalliques.
Monde de silence à peine troublé par le remous du torrent, parfois pris dans les glaces. Sortis du corridor, le paysage soudain s’élargit. Commence alors un cheminement à flanc de versants, entrecoupé de passages en forêts de pins. Dans la neige, des traces indiquent une intense vie animale : lapins, chevreuils, fouines, renards, belettes, sangliers… Quelques craquements dans les branches révèlent leur présence, tapis dans les bosquets. Des empreintes d’homme, en revanche, aucune : en hiver, le Trévans limite sa notoriété à une poignée d’initiés.
A mi-chemin de la boucle, voilà Valbonnette et ses grangettes en ruine. On laissera le chemin à droite pour engager la descente vers l’Estoublaïsse, que l’on retrouve aussi impétueuse. Un fond de vallon, une petite aire plane où surgissent d’appétissantes touffes d’herbes, une passerelle pour franchir la rivière : endroit idéal pour observer, avec discrétion, quelques quadrupèdes à poil.
Le trajet retour s’effectue versant opposé, à découvert. Jumelles en main, c’est l’occasion de repérer des chamois évoluant dans les pierriers, sous les falaises de calcaire. Une importante colonie s’épanouit avec bonheur dans le Trévans. Dans le ciel, un cri strident retentit parfois : l’aigle royal, seigneur des airs, surveille son territoire, à l’affût de la moindre proie.
Passés sous les vestiges de la chapelle Saint-André – un court sentier à droite rejoint ce formidable belvédère -, on quitte les gorges pour rejoindre un petit affluent, le Clovion, que l’on franchit par deux petits ponts successifs. Quelques mètres encore et l’on traverse la passerelle entrevue au départ, avant de retrouver son véhicule.
La pureté du ciel provençal a inspiré bien des astronomes. Là ou l’Estoublaïsse prend sa source, se dresse une coupole incongrue, isolée dans un monde minéral. Ancien observatoire du CNRS, Chiran, à 1 905 m d’altitude, a depuis longtemps été abandonné par les scientifiques. Trop éloigné, trop difficile d’accès…
Une association se charge aujourd’hui de le faire vivre et y organise, l’été, des stages pour astronomes amateurs. Ils s’y rendent en 4x4 ou gravissent, à la nuit tombée, le chemin qui le sépare du village de Majastres.
Ruines du Trévans
Quelques mètres au dessus de l’entrée des gorges, le hameau de Trévans étale avec nostalgie ses maisons en ruines. Avec l’une des plus faibles densités du territoire, les plateaux désolés du nord Verdon témoignent encore de la vigueur de l’exode rural, aux XIXè et XXè siècles.
Pratique
S’y rendre
Par l’A51 depuis Marseille, sortie Digne. Puis N85, direction Nice. Prendre ensuite la D907 jusqu’à Mézel puis Estoublon.
Se renseigner
Office de tourisme de Digne-les-Bains. 04 92 36 62 62 - www.ot-dignelesbains.fr
Un topo guide de la FFRP est en vente, incluant les gorges de Trévans : « Les Alpes-de-Haute-Provence à pied. De l’Ubaye au Verdon et au Luberon ».
Balade

Envoyer à un ami
Imprimer
Partager cet article
Sisteron : verrou défensif au seuil des Alpes














