Difficile de ne pas tomber sous le charme « massif » de cette garnison, où Vauban a déployé tout son talent d’architecte militaire. Perchés tel un nid d’aigle sur un éperon rocheux, défiant rois et tempêtes, ces murs exsudent l’histoire et les souvenirs…
Tout a commencé au XIe siècle. Une noble famille, les Faraud, pose armes et bagages sur le territoire de Glandèves. Le lieu transformé en baronnie, les Barons éponymes seront pendant près de huit siècles, les seigneurs et maîtres de ces lieux.
Ce sont ces illustres personnages, dont le nom se confond avec l’histoire de la Provence, qui firent construire le premier château sur le rocher. Un ouvrage inexpugnable comme il se doit, car l’emplacement stratégique de la ville ( point de passage obligé entre la France et l’Italie), pouvait s’avérer « problématique ».
Vauban "par des chemins que le diable a fait"
C’est en 1693 que Vauban commence les travaux de fortification qui donneront le visage actuel d'Entrevaux. Lors d’une unique visite ( !) des chantiers en 1700, les historiens racontent qu’il se déplaçait en chaise à porteur à deux places attelée à deux mulets en pestant "par des chemins que le diable a fait", dans "un pays si rude et si mauvais que personne n'y voudrait demeurer", "le pays le plus déterré que l'on puisse imaginer", " le plus dur et le plus sauvage du royaume".
Toujours selon les écrits de l’époque, l’architecte voulait faire d'Entrevaux une importante place forte. La place avec sa garnison devait pouvoir soutenir un siège de 41 jours. Entrevaux résistera aux deux invasions de la Provence du XVIIIème siècle : en 1704, lors de la guerre de succession d'Espagne ( siège d'Entrevaux par les Piémontais) ; puis en 1746 lors de la guerre de succession d'Autriche (prise de Castellane par les Autrichiens).
Et pour cause : il a fallu près d’un demi-siècle ( !) pour tailler dans la roche les marches menant de la ville à la citadelle. Pour les courageux, on conseille vivement l’ascension.
Elle leur fera découvrir les deux fortins, baptisés "Fort Langrune" et "Fort Pandol", des vues imprenables et plongeantes sur les alentours d'Entrevaux et, enfin (ouf !), la petite redoute avec pont-levis à flèche datant de 1693 qui protège l'entrée du château.
Près d’un demi-siècle ( !) pour tailler un escalier dans la roche
« Ce dernier comprend trois corps de casernes, une boulangerie, et la maison du commandant située tout en haut. De grandes caves et trois citernes donnaient au château une capacité théorique de résistance de plusieurs mois en cas de blocus ou de siège. »
Faites le plein de bon air et redescendez pour vous promener dans le dédale de ruelles étroites. C’est là, au détour d’une venelle que vous apercevrez, stupéfait, le Musée de la Moto. Oui, vous avez bien lu : Entrevaux possède un magnifique musée consacré aux motocyclettes et comportant pas loin de 200 machines, mais aussi des affiches et des plaques en émail. Souvenir, souvenirs…
Renseignement pris, ce sont deux passionnés de moto, Michel et Franck Lucani, père et le fils) qui ont, suite au succès d’une expo temporaire sur le même sujet, décidé de créer un musée. C’est en 1980 que le musée de la moto d’Entrevaux voit le jour, dans un modeste local de 2 pièces et quelques dizaines de mètres carrés. Mais, telles des œuvres de maître (qu’elles sont) les engins sont accrochés à des sortes de cimaises et parent les murs chaulés de leurs belles cylindrées.