En Bourgogne, sur cet itinéraire, il concentre les ingrédients rêvés d’une échappée hors du temps, loin des foules, le long d’une campagne intacte comme une image d’Epinal.
De grâce, oubliez vos préventions à l’endroit de la navigation. Rien de plus simple que la manœuvre de ces pénichettes sans permis et tout confort, avec chambres séparées, salles de bains et cuisine, prévues pour quatre, six, huit personnes ou plus, selon la taille de chaque tribu familiale ou d’amis.
Sur le pont ou en cabine, la poste de pilotage est réduit à sa plus simple expression : un "volant" à tourner comme sur une voiture, une manette pour accélérer dans un sens et freiner dans l’autre. Un jeu d’enfant… juste éduqué à la vigilance pour viser droit l’entrée de chaque écluse.
Hormis le pilotage, que retenir ? De menues notions de nœuds et de cordage ; la liste des magasins et des restaurants de village ; les heures d’ouverture des écluses ; les vélos à ne pas oublier.
Le plein de gasoil ? Il est fait et tiendra la semaine. De vitesse, on l’a dit, il n’en est point question. Manette à fond, tout au plus atteint-on l’allure supersonique de 8 km/h.
Paysages caressants…
Ensuite, vient le paysage. Il apparaît, ralenti, caressant, explicable, enfin humain. Sur le chemin de halage, les joggeurs et les vélos vous doublent.
Peu importe. À gauche, voilà le vignoble de l’Auxerrois, tout en collines. Saint-Bris-le-Vineux, Bailly, Champs-sur-Yonne, Irancy… Ah, Irancy, un rouge presque légendaire dans un monde de blancs chardonnays ! Bateau à l’arrêt, quelques coups de pédale guident les plus hardis vers ces coteaux exposés.
Plus loin, voici l’Yonne. Le canal la borde et parfois s’y confond, dans un jeu de chassé-croisé et de courbes distrayantes. Rien à voir avec les biefs rectilignes du canal du Midi, parfois fastidieux.
Maisons éclusières, populaires et pots de fleurs
Ces temps anciens de batellerie hantent encore la mémoire des vieux éclusiers. Eux et leurs descendants seront vos guides de voyages, l’accent bourguignon mi-traînant, mi-chantant à fleur de lèvres, tantôt conteurs d’une anecdote fluviale, tantôt aides manœuvre pour vos passages d’écluses.
Rien de plus convivial qu’une halte à ces passages obligés, face à la maison éclusière populaire et fleurie, à la pelouse parfois décorée de moulins et de nains de jardins.
Plus loin, vers le sud, les villages s’enfilent comme des perles. Prégilbert, Mailly le Château, Méry-sur-Yonne, Châtel-Censoir... Des bourgades silencieuses et immuables, entrecoupées de vastes prairies où s’affairent sans zèle des charolaises charnues.
Ici, il faut voir une église au clocher à tourelle fortifiée, là un pont de pierre et sa statue de Saint-Nicolas, là encore une boulangerie de village, prétexte à ramener un excellent pain quotidien.
Vézelay, détour en forêt
Arrivé à Lucy-sur-Yonne, avant de rallier Clamecy, une digression cycliste intéressera les pédaleurs. Direction la colline de Vézelay et sa basilique, par un itinéraire forestier gentiment tord-mollets.
Première image : le très esthétique château de Faulin, mi Renaissance, mi Moyen-Âge, entouré de terres grasses et tourné vers l’Yonne nourricière.
La petite route chevauche ensuite un plateau, traverse Lichères-sur-Yonne et rejoint Asnières sous Bois, via la magnifique forêt de Champornot.
Encore un effort pour gagner le rude Morvan et le hameau des Bois de la Madeleine, avant l’ultime plongée vers Vézelay. Pour le coup, le canal est bien loin. On en appréciera d’autant plus sa quiétude après avoir quitté l’agitation pèlerine de la "colline éternelle".
Balade

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