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Mardi 29 Janvier 2008 - 07:56
Belle-Île : la grande bretonne au goût sauvagePlus vaste île de Bretagne, Belle-Île offre la diversité d’un mini continent et la sagesse d’une terre empreinte d’Histoire. Des sites tranquilles aux côtes déchiquetées, des souvenirs de pêche aux exaltations d’artistes, rencontre avec une reine de beauté à la fierté modeste.
L’endroit ne pouvait rêver nom plus vendeur. Belle-Île ! Deux mots qui flirtent la béatitude teintée d’aventure, la grâce mêlée d’exotisme. Chaque année, ils sont des milliers à mettre cap vers ses rivages, depuis les ports de Quiberon et de Lorient, dans le Morbihan. Quarante cinq minutes de mer plus tard, et voilà que sont oubliées les certitudes continentales. Place aux âmes vagabondes, portées par la saine curiosité de pénétrer un monde nouveau.
Belle-Île est d’abord un paradis de nature 100 km de côtes et 90 km² de terres livrent un patchwork de paysages d’une rare diversité. La « côte douce », à l’est, tournée vers le continent, rassure par ses grandes plages de sable blond et sa mer protégée des fureurs du large. Rivages idéaux pour les plaisirs nautiques, voile, kayak de mer, plongée… A l’opposé, la « côte sauvage » n’offre aucun garde-fou aux lames océaniques. De la pointe des Poulains, au nord, à celle de Kerdonis, au sud, lignes déchiquetées et falaises abruptes prennent l’allure de terra incognita, soumises aux vents du Diable et aux atteintes de l’érosion. Voici la grotte de l’Apothicairerie, immense arche naturelle creusée dans une falaise de 40 m de haut et villégiature pour des centaines de cormorans. Voilà les aiguilles de Port Coton, fièrement tournées vers le grand large. Et voici encore la petite plage de Donnant, conche dorée et périlleuse enchâssée entre de noirs rochers. Tapissées de landes à la bruyère vagabonde (les « goulennew », en langage bellilois), cette côte abrite une faune peu commune : la plus importante colonie bretonne de craves à bec rouge, une population unique de pigeons bisets sauvages… et de curieux crustacés à la pêche très réglementée, les pouces-pieds, que l’on extrait de la roche à l’aide d’un marteau et d’un pic. Sauvage, la côte ouest l’est aussi pour les marins. La pointe des Poulains, avec ses îlots et ses récifs d’ébène prend lors des marées d’équinoxe des allures de cap Horn et le phare semble bien timide pour guider les pêcheurs à bon port, vers les havres de Sauzon, du Palais ou de la côte morbihannaise. Si, au sud, le phare de Kerdonis joue les vigies tranquilles, le veilleur incontesté des périples océaniques est le Grand Phare de Goulphar : en service depuis 1836, sa tour mesure 52 m de haut et son feu automatique culmine 90 m au dessus de la mer. Petite Beauce belliloise À arpenter la côte, on en oublierait presque de sonder les paysages intérieurs. Ce serait une erreur tant ils expriment, peut-être, la vraie richesse de Belle-Île. Ce plateau hissé à 60 m d’altitude, parfois appelé la petite Beauce belliloise, est constitué de champs ouverts et de tamis de fleurs qui exultent à la belle saison (roses pimprenelles, lilas d’Espagne, orchidées…) et plonge vers les côtes en dizaines de vallons touffus. Il montre surtout qu’à Belle-Île, l’âme est aussi agricole. Espace de culture dévolu au maraîchage, aux vaches et à l’élevage ovin, il livre au rythme de balades placides sur ses chemins de terre, fours à pain, moulins en ruine, calvaires et les menhirs Jean et Jeanne, rescapés du néolithique. Tout un monde de paysannerie et d’enracinement terrien, que seul permet la superficie de Belle-Île et ses 10 km de large.
Terre d’artistes
Comme partout, l’Histoire a laissé son empreinte sur ce morceau de France. On s’en rend compte au Palais, la « capitale » de Belle-Île. Citadelle fortifiée aux défenses renforcées par l’incontournable Vauban (dont on fête cette année le tricentenaire de sa mort), elle rappelle l’histoire militaire de l’île et son rôle d’avant poste royal face au littoral, entre les ports de Lorient et de Nantes. La Palais évoque aussi les grandes heures de la pêche à la sardine. Une histoire achevée en 1976, avec la fermeture de la dernière conserverie. Mais on ne peut décemment quitter Belle-Île sans parler des artistes qui l’ont fréquentée. Matisse, Vasarely et Claude Monet l’ont adorée, ce dernier ayant célébré le site de Port Coton. Quand à Sarah Bernhardt, elle l’a littéralement adoptée. Subjuguée par la pointe des Poulains en 1894, elle y acquiert un fortin désaffecté et y séjournera tous les étés, jusqu’en 1922. On peut toujours s’asseoir sur son fauteuil de pierre, taillé dans le roc face aux éléments déchaînés... Pour en savoir plus : Office de Tourisme de Belle-Île www.belle-ile.com/fr Mardi 10 Mai 2011 - 10:17
Jean-François Rust
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