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Mercredi 16 Septembre 2009 - 07:21
Auxerre : sous les façades, une double vie !Bourgeoise et influente, populaire et négociante, la capitale de l’Yonne révèle dans ses quartiers une aventure humaine originale. En bas, près de l’Yonne, les « petites gens », garçons de rivière, tanneurs, drapiers, commerçants de bouche. En haut, autour des lieux de culte, les chanoines, les marchands, les nobles. Reliées par des rues aux accents villageois, la promenade dans ces deux « villes » revisite le passé de la cité, du Moyen-Âge au XXè s.Quartier de la Marine, l’empreinte de l’Yonne
Auxerre, l'abbaye surplombant l'Yonne / D.R
Le long de la rivière jadis foyer d’intense activité, une vie sociale s’était organisée. Ruelles, places et passages évoquent avec force l’univers alors trépidant du commerce et des métiers d’eau. Une balade étonnante dans la ville basse, en plein lifting urbain, réappropriée à mesure par des auxerrois en quête de leur histoire.
Des lieux valent parfois tous les discours. Ainsi, à Auxerre, depuis la passerelle piétonne sur l’Yonne, a-t-on le privilège d’embraser d’un seul regard l’essentiel de la cité. Voici donc, rive gauche de la rivière, la capitale icaunaise : un plateau urbanisé bordé par trois lieux de culte – église Saint-Pierre, cathédrale Saint-Etienne, ancienne abbaye Saint-Germain -, au pied desquels s’organisent les bas quartiers, masqués par les façades alignées des maisons riveraines. Cette topographie, comme la situation de la ville par rapport à Paris, a façonné Auxerre. Longtemps avant l’autoroute, l’Yonne fut le canal d’amenée favori des marchandises vers la capitale. Une semaine suffisait pour convoyer vins de Bourgogne, pierre calcaire, bois du Morvan et produits agricoles. Place Saint-Nicolas, l’esprit de la marine… Place Saint-Nicolas, on imagine les débordements d’une activité batelière longtemps souveraine. Nichée dans une façade de cette agora ouverte sur la rivière, la statue de Saint-Nicolas, patron des mariniers, veille. Face à lui, l’ancien embarcadère des coches d’eau : c’était le point de départ des marchandises et des passagers jusqu’à la capitale. Autour de la place, les voies – telle la rue de l’Yonne - sont bordées de maisons hautes à pans de bois. Certains rez-de-chaussée servaient d’entrepôts. Mariniers et garçons de rivière occupaient les étages supérieurs. Dans l’étroit passage qui jouxte le n°5 ter de la rue du Docteur Labosse, à l’aplomb de l’ancienne abbaye Saint-Germain, une petite maison à colombages est posée là, dans son jus médiéval. Ailleurs, place du Coche d’Eau, rue et quai de la Marine, rue du Mont Brenn, rue d’Etain…, on peut concevoir sans effort l’effervescence commerciale qui régnait alors, les odeurs des tanneries, les drapiers affairés, les voyageurs en partance pour Paris… Grâce aux restaurations urbaines, tout un monde populaire renaît aux yeux des visiteurs et auxerrois en quête de leur passé, un univers dont les ultimes braises s’éteignent dans les années 1960, quand les péniches chargées de denrées agricoles tirent leur révérence. Quartier Saint-Pierre, village dans la ville Côté sud des quais, le décor change en douceur. Passé l’ancien Relais de Poste, voilà le quartier Saint-Pierre. Un village dans la ville, avec ses maisons basses et leurs portes cochères, serrées au pied de la cathédrale Saint-Etienne et de l’église Saint-Pierre. Rue des Pêcheurs, de la Poterie, des Tanneurs, des Boucheries : la toponymie révèle la composition sociale d’un quartier naguère agricole et petit-commerçant, installé dès le Moyen-Âge sous le castrum médiéval. Exemple : les deux portes encadrant le portail de l’église Saint-Pierre. L’une, à gauche, est décorée d’une représentation du saint patron des bouchers, un bœuf à ses pieds. L’autre, à droite, du saint patron des vignerons, du raisin dans la main droite. Après guerre, il y avait encore deux fermes dans le quartier et quelques maraîchers. Prolongeant la rue Sous Murs, la rue des Boucheries fait la jonction avec la ville haute. D’une volée d’escaliers, le passage Manifacier envoie le promeneur de la « plèbe » à la « noblesse ». Un autre monde commence... Hauts quartiers, notables attractions
Le pouls d’Auxerre bat autour des rues du Temple et de Paris. Ce cœur de ville provincial et accueillant offre un double intérêt : un patrimoine architectural et des commerces de haute tenue. En route sur les lieux "cultes" de la capitale icaunaise, imprégnés par la mémoire de Cadet Roussel, de l’Abbé Deschamps et du sinistre docteur Petiot.
À Auxerre, les lieux de pouvoirs médiévaux sont toujours en place ! L’exemple est donné avec la place Saint-Etienne, siège de l’imposante cathédrale gothique. Foyers d’un quartier réputé naguère pour ses œuvres de charité, les bâtiments de l’ancien évêché sont aujourd’hui occupés par la Préfecture et une partie du Conseil Général. Autour de la place, les maisons de chanoines dressent leurs façades cossues derrières des murs clos. Dans l’une d’elles, au n° 4, fut fondée en 1905 l’Association de la Jeunesse Auxerroise (AJA), par l’Abbé Deschamps. Ce club omnisports local dont l’équipe phare de football a longtemps été entraînée par le célèbre Guy Roux, doit les couleurs blanc et bleu de ses maillots à l’évocation de la Vierge Marie… Au nord, le quartier Saint-Germain affiche une belle maîtrise bourgeoise. À deux pas de l’enceinte de clôture de l’ancienne abbaye de bénédictins, aujourd’hui musée d’art et d’histoire, la rue Jacques Amyot abrite un lycée réputé et deux beaux hôtels particuliers. L’un d’eux, l’hôtel Nigot (au n°2), du nom d’un ancien entrepreneur des coches de la ville, reçut Louis XIV en 1674.
Des hôtels particuliers par dizaines
En retrouvant la commerçante rue de Paris, voilà Auxerre ville-étape qui resurgit. De tous temps, les voyageurs de passage vers Lyon pénétraient le noyau urbain par cet axe. Entre la rue de Paris et les boulevards Vauban et du 11 novembre, se déploie un vaste quartier résidentiel où les hôtels particuliers se comptent par dizaines. Hôtel de Crôle, Baudesson, Ribière, Delye… : pour voir ces maisons de notables auxerrois, il faut se perdre rue Française, Paul Armandot, Hyppolyte Ribière, Belle Pierre (la bien nommée !), Soufflot… Ambiance Renaissance ou XVIIIè s. garantie, le soir venu, quand l’éclairage urbain distille une pâle lumière sur les façades discrètes de ces belles demeures. Cadet Roussel, "l’illustre" auxerrois On achèvera ce tour « mondain » par une plongée au cœur de ville. Au bout de l’achalandée rue du Temple, voici la place Surugue. La statue de Cadet Roussel s’y dresse, huissier local moqué par la célèbre chanson. Notre homme tourne presque le dos à la pâtisserie Jarry, il a tort ! Dans cette vénérable maison bourguignonne, les auxerrois viennent de temps à autre "chiper" une ou deux bourguignottes, truffes chocolatées au raisin roulées dans le sucre. Extra ! Un petit verre de Chablis plus loin, dégusté au Schaeffer, délicieux bar de la rue Paul Bert occupant une antique maison à colombages, et voilà le randonneur urbain prêt à franchir la superbe Tour de l’Horloge, pour admirer enfin l’harmonie discrète de la petite place de l’Hôtel de Ville. Mardi 12 Avril 2011 - 11:55
Jean-François Rust
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